Un scientifique de l’apprentissage du mouvement humain, un pédagogue de la prise de conscience, un précurseur de la recherche sur la conscience (awareness) et l’incorporation (embodiment).
L’origine

Né en 1904 d’une famille juive qui vivait à Slavouta, en Ukraine. Dès l’âge de 14 ans, il entreprit un voyage de six mois en traversant seul l’Europe afin d’aller vivre en Palestine et de contribuer à la construction de ce qui allait devenir l’état d’Israël.
De 18 à 28 ans il vit à Tel-Aviv où il travaille comme maçon et poursuit ses études au lycée. En parallèle il devient membre de la jeune Haganah, et étudie le Jiujitsu.
Jeune adepte de football, il se blesse gravement au genou lors d’un match. Cette blessure constituera plus tard le point de départ du développement de sa méthode.
Le parcours
Moshe Feldenkrais arrive à Paris en 1928 où il étudie la physique, les mathématiques, la mécanique et l’électricité. Il obtient un diplôme de docteur en sciences physiques et un diplôme d’ingénieur en mécanique et électricité. Il rejoint rapidement les laboratoires des Juliot-Curie sur l’énergie nucléaire et du Pr. Langevin sur les ultrasons et la force magnétique. Il est à l’origine de plusieurs inventions.
Devant l’invasion allemande de la France en 1940, il émigra vers la Grande Bretagne. Là il travailla à la recherche sur la défense des sous-marins auprès de l’Amirauté britannique et fera partie de l’équipe qui met au point le sonar.
Retour en Israël pour travailler auprès du Département d’électronique de l’armée israélienne de 1950 à 1953.
Il développa de plus en plus sa propre «Méthode Feldenkrais» de façon autonome et il s’y consacra entièrement dès 1954.



La rencontre
Il rencontre Jigorō Kanō à l’occasion de conférences données par le fondateur du Judo lors de deux séjours en France en 1933 et 1934.
Il se met à pratiquer ce sport, qu’il contribue à introduire en France, et devient la première ceinture noire de judo en France.
À son invitation, Mikinosuke Kawaishi quitte Londres pour venir enseigner le judo en France.
Passionné par ce sport, Feldenkrais fonde en septembre 1936 le Jiu-Jitsu Club de France, dont Jigorō Kanō est le président d’honneur.
Il écrira deux livres sur le judo.
La pratique
Sa vie durant il continue la pratique et l’enseignement du judo. Il commence à s’intéresser très fortement au développement humain et au mode d’apprentissage des enfants, inspiré en partie par l’observation des enfants dans le cabinet pédiatrique de sa femme, Yona Rubenstein.
En parallèle ses séquelles d’accidents de jeunesse au genou, deviennent compliquées. Aussi devant un pronostic médical d’intervention peu prometteur, il s’engagea dans une recherche personnelle et scientifique telle, qu’il en développa sa propre méthode d’apprentissage du mouvement et de la prise de conscience.
Il emprunta à la biologie, à la neurologie, évidemment à la physique et à la biomécanique, aussi à la psychologie, au développement de l’enfant, à l’évolution, aux sciences du mouvement mais également au travail de divers innovateurs dans la recherche sur la conscience et le mouvement corporel, dont Gurdjieff, Mathias Alexander et Henrich Jacobi.
Il puisa également dans diverses approches orientales : yoga, zen, acupuncture.
La naissance
A son retour à Tel-Aviv. Il est sollicité par le Premier ministre Ben Gourion, qui souffre de mal de dos chronique et de problèmes respiratoires. La santé de Ben Gourion s’améliore de façon étonnante et fait la réputation de Moshe Feldenkrais.
Il commence à enseigner sa méthode dès 1950 en Israël, mais aussi en Europe et en Amérique du Nord.
Il créera un répertoire immense de centaines de leçons et formera des professeurs praticiens de sa méthode dans divers programmes de formation professionnelle.
D’abord à Tel-Aviv en Israël (1969-1971), puis aux Etats-Unis notamment dans les sessions célèbres suivies par des centaines d’élèves de San Francisco en Californie (1974-1977) et de Amherst dans le Massachusetts (1979-1981).
La méthode Feldenkrais est maintenant enseignée par des praticiens issus de formations certifiées dans le monde entier.

La méthode Feldenkrais
Le travail de Moshe Feldenkrais s’avère de plus en plus précurseur des découvertes contemporaines en sciences cognitives, en biologie, en médecine et en psychologie. Sa méthode est authentiquement systémique, holistique et stratégique. Le corps vivant est conçu comme un tout; les pensées, images, émotions et sensations sont incorporées, vécues et manifestées dans le corps vécu ; l’humain est abordé comme un être en développement, un système conscient autorégulé, un système en apprentissage constant.
La méthode de Moshe Feldenkrais s’appuie non seulement sur ces idées, mais elle présente une méthode rigoureuse, une pédagogie concrète de l’apprentissage de la conscience du corps en mouvement dans son environnement.
En cela elle est encore d’avant-garde; elle est d’une pertinence étonnante pour un grand nombre de domaines de l’activité humaine et elle attire les professionnels d’une variété de disciplines, pour la santé physique et psychologique, la formation, la performance et la création dans les arts, pour la pédagogie et pour l’entraînement sportif et la performance athlétique.